Valoriser les actifs immatériels d’une entreprise dans l’évaluation d’entreprises

A regarder un manuel de finance d’entreprise de près, ou pire l’évolution des Bourses, une entreprise serait valorisée uniquement sur son compte de résultat, ou, dans le meilleur des cas, ses flux de trésorerie libre. Ainsi, en théorie financière, la valorisation d’une entreprise est la valeur nette actualisée de ses flux de trésorerie libres futurs.

Mais il y a aussi une autre manière d’analyser une entreprise, moins spéculative, à l‘instant T, en regardant son bilan. Le problème est que les normes comptables prennent en compte (même si elles ne les valorisent souvent pas correctement) les actifs immobilisés, les terrains, les usines, les équipements, mais moins souvent les éléments intangibles ou immatériels ; quand il s’agit d’expliquer le prix payé pour une société au-delà des actifs tangibles, on se contente d’une catégorie fourre-tout, un concept un peu éthérique, internationalement connu comme le goodwill. Les dépenses liées aux actifs immatériels ou intangibles (marques, brevets, propriété intellectuelle, recherche, savoir-faire) impactent le compte de résultat (alors que les sociétés cotées par exemple cherchent à maximiser leur résultat net) : elles ont donc un effet négatif de court terme, même si la société espère en obtenir une amélioration future de ses revenus. A l’inverse, quand on dépense pour une usine ou créer un actif matériel, on crée au bilan comptable une immobilisation qui est ensuite dépréciée par le compte de résultat : mais on augmente son bilan, ses actifs, donc sa valorisation, et l’impact sur le résultat est plus graduel.

La véritable révolution des systèmes comptables serait de traiter de manière similaire les dépenses liées à l’immatériel. Ainsi, nous imaginons qu’une société de biotech par exemple, pourrait capitaliser au bilan cinq années de recherche (qui comptablement n’ont fait que des pertes) qui seraient ainsi valorisées au bilan, et ce montant serait déprécié chaque année. Nous aurions ainsi des valeurs comptables d’actif net qui intégreraient une forme (même imparfaite) de valorisation des actifs immatériels, et nous pourrions inventer une méthodologie similaire pour tout intangible. C’est en fait cette approche qui est utilisée à l’heure actuelle par les meilleurs analystes financiers, dans les fonds d’investissement : ils doivent souvent « redresser » le bilan des sociétés dans les secteurs de la technologie ou de la biotech.

 

 

Sébastien Laye, Entrepreneur dans le secteur immobilier en Europe et aux USA, Sébastien Laye est aussi actif dans la sphère publique. Ancien d’HEC et de l’IEP, il est aussi diplômé du MIT et en Droit.

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