Risques immatériels et diplomatie

Quelle que soit la taille d’une entreprise, s’engager à l’international est aujourd’hui une impérieuse obligation afin de ne pas rester encalminée, avant de finir dépassée puis déclassée, dans le grand bain de la compétition internationale.

Sortir du cocon national ou de la bulle de confort européenne n’est pas chose aisée. Les entreprises voient en effet s’élargir aussitôt leur champ de risques immatériels et donc celui de leur vulnérabilité. Qu’il s’agisse d’exporter des savons de Marseille aux Etats-Unis ou des avions Rafale en Egypte, d’investir dans un projet gazier au Mozambique ou de contracter avec un fabricant chinois de masques en pleine pandémie, d’attirer sur le territoire national un investisseur canadien ou une startup de Singapour, les ressorts du risque immatériel sont les mêmes : nouveaux interlocuteurs/partenaires, nouveau cadre juridique et judiciaire, nouvel environnement géopolitique, nouveau climat des affaires, nouvelles règles du jeu social, cinquante nuances de différences linguistiques et culturelles, autant de facteurs d’incertitude qui altèrent les habitudes acquises au sein des frontières nationales au-dedans desquelles les risques immatériels peuvent être davantage maitrisés.

Au fil de la montée en puissance de la mondialisation et de l’ampleur prise par l’économie des flux et par celle de l’innovation, les Etats se sont employés à s’adapter à cette nouvelle donne qui fonde ce qui est en train de devenir l’économie mondiale du XXIe Siècle. Dans ce contexte, la communauté internationale s’est efforcée de réguler cette évolution par une gouvernance de l’économie mondiale afin de ne pas laisser s’imposer la loi du plus fort d’une part, et de veiller au respect des grands équilibres internationaux d’autre part : mise sur pied d’organisations ad hoc (OCDE, OMC, OIT), construction d’ensembles économiques régionaux (ASEAN, ALENA, CEDEAO, MERCOSUR par exemple), mise sur pied d’institutions financières régionales (BAD, BID, BERD) en appui au FMI et à la Banque mondiale, développement d’un multilatéralisme à géométrie variable et à plusieurs vitesses ( G7, G8, G20, BRICS, IBSA), sont autant d’illustrations (il y en a beaucoup d’autres), de cet effort collectif de la communauté internationale visant à ordonner, structurer, réguler la marche de l’économie du monde et des échanges internationaux.

Cela étant posé, lorsqu’une entreprise s’engage sur un pays étranger (pour y investir, y exporter, s’y approvisionner), elle sera immanquablement confrontée à de multiples risques immatériels qui peuvent aller, selon les destinations et les circonstances, de la sécurité de ses employés aux problèmes soulevés par la corruption, de l’apprentissage des règles du droit et des usages locaux à l’état de la conjoncture politique locale ou régionale, de la lutte contre les contrefaçons ou le pillage technologique à la protection des brevets.

C’est précisément pour accompagner et appuyer les acteurs économiques français à l’international que le Quai d’Orsay a mis en œuvre depuis une bonne vingtaine d’années une active diplomatie économique, dimension désormais centrale de la politique étrangère de la France. Aujourd’hui priorité politique affichée, cette diplomatie économique repose sur :

  • Une mobilisation forte déclinée sur un large éventail d’engagements au service de toutes nos entreprises, en faveur du rayonnement économique de la France dans le Monde et au bénéfice de l’attractivité de la destination France et du « Made in France ».
  • Une Direction de la Diplomatie économique au Quai d’Orsay, en quelque sorte le cœur du réacteur, qui mène ses missions en s’appuyant notamment sur un certain nombre de représentants spéciaux pour certains pays ou zones géographiques (Russie, Chine, Australie, Japon, Inde, Balkans, Asie centrale, ASEAN).
  • Un engagement permanent de l’ensemble du réseau diplomatique et consulaire français (le 3ème au monde aux côtés des Américains et des Chinois), au premier rang duquel les ambassadeurs, mais aussi leurs équipes des chancelleries diplomatiques, des services économiques et des services de coopération culturelle et scientifique.
  • Le travail des réseaux locaux : les chambres de commerce et d’industrie françaises à l’étranger, les conseillers du commerce extérieur de la France, le réseau des établissements d’enseignement français à l’étranger, les élus des Français de l’étranger, autant de réseaux d’acteurs qui, sur le terrain, soutiennent nos entreprises et accompagnent l’expatriation de leurs employés.
  • Un biotope de partenaires : l’opérateur Business France, BPIFrance, la Caisse des Dépôts, le Medef, la Cpme, les administrations économiques, les collectivités territoriales.
  • Des négociations internationales menées en permanence sur tous les fronts, sur tous les sujets, sous tous les cieux, dans toutes les enceintes afin que le cadre juridique normatif, tant européen qu’international soit le plus favorable aux intérêts de la France et de ses acteurs économiques.

Cette boite à outils de notre diplomatie économique se nourrit de la spécificité de l’ADN et de la culture d’entreprise du Quai d’Orsay, familier des risques immatériels et des réponses à apporter à ceux-ci : data et intelligence économique, capacité d’identification d’aiguillage et d’accompagnement vers les bons interlocuteurs, conseils aux entreprises, promotion d’image et influence (« soft power »), négociations des cadres publics de régulation juridique et règlementaire, décryptage des réalités et des particularismes locaux, relai d’influence et d’accès aux décideurs, communication, appui au règlement des contentieux, etc…

Concilier une mondialisation plus juste et mieux maitrisée avec la défense légitime de nos entreprises telle est l’essence même de cette diplomatie économique de la France au service de laquelle le Quai d’Orsay met ses moyens, son expertise, et sa culture de la lutte contre les risques immatériels, celle-ci étant aujourd’hui une dimension essentielle de la diplomatie.

 

 

Bernard Valéro, Ancien diplomate, Consul général à Barcelone, Ambassadeur à Skopje et à Bruxelles, et ancien Porte-Parole du Quai d’Orsay

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